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Culte 26 juillet 2026
prédication Joëlle Alméras
Joëlle ALMERAS
Prédication à Carcassonne pour le dimanche 26 juillet 2026
Lecture :
Matthieu 13, 44 – 46, 51
« Un trésor ? quelle joie ! »
Prédication
Introduction :
Le théologien juif Marc Alain Ouaknin dit que Dieu a donné la Torah comme un moyen de communication avec lui[2] et que son interprétation, en l’occurrence celle inscrite dans le Talmud, toujours renouvelée dans un échange permanent entre deux lecteurs, rend le texte vivant et toujours en mouvement. Nous pourrions élargir son commentaire aux Evangiles, particulièrement quand ils offrent à notre lecture des paraboles quelque peu énigmatiques mais aussi toujours offertes à une possible interprétation.
Je souhaite commencer avec deux définitions, puis je vous présenterai une interprétation envisageable de chacune des deux paraboles, liées entre elles par un fil rouge évident : le Royaume se laisse trouver, et il est source de joie. Quelle incidence dans nos vies ?
1) Quelques définitions :
Les auditeurs juifs de Jésus avaient, évidemment, leur idée de ce qu’était ce royaume. La majorité attendait un royaume terrestre, puissant, qui bouterait hors du pays les indésirables et exécrables romains et rétablirait la royauté en Israël. Souvenez vous des cris des foules pendant la montée triomphale de Jésus à Jérusalem. « Béni soit le règne (basileia en grec) qui vient, le règne de David notre père ! hosanna au plus haut des cieux [4]».
Mais Jésus est bien loin d’enseigner un tel royaume. Le royaume, dans notre texte, suggère « une réalité présente mais cachée », une réalité qui vaut la peine de faire des efforts, et des trucs bizarres aussi ! Une réalité qui existe déjà, ici et maintenant dans le quotidien des vies de ceux décrits dans les paraboles et qui peut aussi, se projeter dans le futur. Et merveille ! Le royaume est caché ou pas facile à dégoter certes, mais… il se laisse trouver.
« L’interprétation la plus courante est de voir dans le trésor caché la personne du Christ et son enseignement. Et le croyant qui engage toute son existence dans sa relation au Christ est alors à l’image de l’homme ou du marchand qui vend tous ses biens pour acheter le champ et son trésor, ou la perle de grand prix.
Il y a pourtant une autre façon de lire ces textes. On peut reconnaître dans celui qui trouve le trésor, le Christ. Le trésor enfoui est alors l’être humain lui-même, l’homme, la femme, rencontré par le Christ, trouvé par Dieu[5]. » Dans cette interprétation, pas de leçon de morale possible. Tous les projecteurs mettent dans la lumière, l’amour tenace, opiniâtre de Dieu pour nous. Le professeur André Gounelle écrit, je cite : « J’entends dans ces deux anecdotes un évangile, au sens propre du mot, c’est-à-dire une Bonne Nouvelle qui m’est adressée, qui m’emplit de joie, qui transforme et illumine mon existence. Dans la plupart des paraboles que raconte Jésus, l’acteur, le sujet principal, c’est Dieu. Nous aurions tort d’y chercher seulement ou principalement une sagesse humaine, un art de conduire sa vie, un enseignement sur ce que nous devrions faire[6] ». (fin de citation).
Deux interprétations parmi une kyrielle possibles. Nous passerons de l’une à l’autre car dans les deux cas, l’essentiel c’est que le trésor enfoui ou caché se laisse trouver et que son découvreur est submergé par une joie profonde qui va le conduire à faire dans sa vie des changements radicaux. Vendre tout ce que l’on a implique un chamboulement, une véritable révolution vitale, ce qui est peu dire !
2) un trésor :
Le royaume des cieux est comparable à un homme qui découvre un trésor, un trésor caché, enterré, dans un champ non situé géographiquement. Regardons la parabole avec la deuxième interprétation. Trouver un trésor, en se promenant ou en travaillant dans un champ, ce n’est pas courant. Mais qu’est ce qui est courant quand c’est Jésus qui trouve le trésor ? Il me semble que ce qui importe c’est que, bien qu’il soit caché, ce trésor se laisse trouver et met en joie son découvreur, « une joie qui éclipse tout regret de ce dont il se sépare[7] ». Du coup, il devient pour lui si essentiel qu’il choisit de vendre tout ce qu’il a pour acquérir le champ. La revue lire et dire écrit, je cite : « On ne peut pas s’emparer du trésor sans acheter le champ. On ne peut séparer le trésor du champ. Autrement dit, le « découvreur » a] le trésor avec les cailloux ! Faut-il comprendre par-là que le Royaume des cieux ne peut se rencontrer en dehors de notre vie quotidienne (…) ? » (fin de citation), en dehors des sentiers battus faits le plus souvent des cailloux de la vie ?
Et voilà la merveille, si c’est Dieu le découvreur : Lui, il te dit que tu es un trésor, qu’il te veut, et qu’il va tout faire pour que tu sois à lui et il ira jusqu’à acheter le champ où tu étais enfoui. Pourtant ce champ n’est pas carrément glorieux, c’est un champ ordinaire, peut-être ressemble-t-il à celui dont Jésus parle dans la parabole du semeur, un champ avec de la bonne terre mais aussi avec des cailloux de toute sorte et pourquoi pas des ronciers. Mais son amour est si grand qu’il est prêt à vendre tout ce qu’il a pour acheter le lieu où tu te trouves, pour te prendre avec lui. Dieu l’a d’ailleurs déjà fait : n’est-il pas venu dans notre humanité offrir ce qu’il a de plus précieux, son Fils bien-aimé, son unique, pour nous déterrer du champ infertile de notre imperfection, et garder avec lui le trésor que nous sommes pour lui ?
3) la perle fine :
Le royaume des cieux est comparable à un marchand qui trouve une perle fine de grand prix. Cette parabole, examinons là avec la première interprétation. Il y a donc ce chercheur professionnel et infatigable de perles fines. Il est plus que probable qu’il en ait déjà toute une pléiade dans son coffre-fort, enfin, un coffre bien gardé en tout cas. C’est un marchand, connaisseur de perles. Il ne se laisse pas emberlificoter avec des perles de culture, du type reproduction au musée Grévin. Et voilà qu’il tombe, subjugué (c’est moi qui l’imagine) sur la perle des perles, une extraordinaire marguerite (si, si, c’est ainsi qu’on peut l’appeler), une perle fine de grand prix. Pour l’acquérir il est prêt à tout vendre, lui aussi.
Permettez-moi de citer une fois encore André Gounelle : « nos paraboles parlent d’une fortune qui coûte, qui exige, qui mobilise, qui demande de la peine. Il ne suffit pas d’attendre et de rêver pour l’obtenir. Il faut agir, persévérer, s’acharner, ne pas regarder à la dépense, et ne pas mesurer sa fatigue. Le paysan la trouve en cultivant sa terre et le commerçant dans son négoce, non pas en dormant, en se reposant, en se détournant de leurs occupations quotidiennes, non pas en fuyant les tâches professionnelles et les tracas familiaux. L’un et l’autre ont dû réaliser leurs biens, vendre ce qu’ils possédaient afin d’acquérir ce qu’ils avaient découvert. Ces richesses leur ont coûté très chers, ils n’ont rien gardé[8] ». Une espèce de big bang à l’origine d’un nouvel univers de vie.
4 ) espérance et joie :
Jésus voyait bien que les personnes qui le suivaient, qui l’écoutaient étaient « comme des brebis sans berger[9] », il en était ému jusqu’aux entrailles. Leur incapacité à comprendre des textes que des savants comme les scribes par exemple mettaient des décades à dépioter, si j’ose le dire ainsi, au moins jusqu’à l’âge de 40 ans avant d’être promus dans leur fonction, cette inaptitude impuissante du petit peuple, comme on l’appelait, due au fait que les écoles étaient réservées à des élites, et des élites adultes, le conduit, pour faire comprendre la profondeur de la grâce et du don de Dieu, à enseigner en paraboles. Ses auditeurs y reconnaissaient les choses de leur vie quotidienne et pouvaient donc, si leur cœur était ouvert, y puiser ce que Jésus voulait partager avec eux : l’espérance du royaume, la joie de la grâce offerte, l’assurance d’un amour indéfectible et inconditionnel qui ouvre toutes grandes les portes du royaume.
Conclusion :
En conclusion, et parce qu’il y a ici plus que des paraboles, allons plus loin.
« Il faut tordre le cou à cette idée que la parabole est une béquille pour les imbéciles, [écrit un théologien]. La parabole fait partie d’un jeu, très sérieux, qui est le jeu de la communication. Elle n’enseigne pas, car l’heure est à rencontrer le Dieu proche… elle n’enseigne pas, mais change le regard sur le monde… La parabole montre le Royaume[10]…
Alors terminons avec une petite histoire racontée par Antoine Nouis :
« Jésus a souvent eu des attitudes qui s’apparentent à des paraboles. Il a parfois pratiqué la technique du contrepied lorsqu’une question lui était posée.
Aux disciples qui s’interrogent pour savoir qui est le plus grand, il répond que la vraie question est de savoir qui est le plus petit[11] ? Il appelle un enfant et le place au milieu d’eux comme un modèle. C’est en étant petit qu’on est grand.
Lorsque des religieux lui apportent une femme surprise en adultère afin de tester sa fidélité à la loi, il refuse de répondre et s’abaisse. Quand il prend la parole, c’est pour retourner la question : « que celui qui est sans péché lui jette la première pierre »[i].
Lorsqu’à Jéricho une foule nombreuse attend Jésus, il s’arrête devant le chef des collecteurs d’impôts. Que va-t-il dire à ce collaborateur des romains un peu voleur ? « Zachée, descends vite ! Aujourd’hui il faut que je demeure dans ta maison[ii] . Dans chacun de ces exemples, Jésus est à côté de l’attitude qui est attendue de sa part. Il provoque un décalage pour appeler ses interlocuteurs à changer de raisonnement[iii] ». Interlocuteurs ? Nous en sommes ! Et notre raisonnement, en est-il ?
Amen.
[1] France Culture 2004/06/20 Michel Bertrand
[2]
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[3] https://www.prixm.org/articles/les-paraboles-de-jesus-dans-les-evangiles
[4] Marc 11, 10
[5] Célébrer.ch 2008 04 20 David Allisson
[6] http://andregounelle.fr/bible/la-perle-de-grand-prix-le-tresor-cache-matthieu-13.php
[7] Lire et dire
[8] http://andregounelle.fr/bible/la-perle-de-grand-prix-le-tresor-cache-matthieu-13.php
[9] Matthieu 9, 36
[10] https://regardsprotestants.com/video/bible-theologie/comprendre-bible/pourquoi-jesus-parlait-il-en-parabole/
[11] Marc 9, 33 – 37
[i] Jean 8, 2 – 11
[ii] Luc 19, 1 – 9
[iii] Antoine Nouis « un catéchisme protestant » 3ème édition p.137-138