Culte 24 mai 2026 (Pentecôte)

prédication André Bonnery

André BONNERY

Prédication à Carcassonne pour Pentecôte, le 24 mai 2026

Lectures : Jean 16, 12-15 ; Actes, 2, 1-18

Chants : « Viens, Saint-Esprit » (Chorale)

 Ps 81 « Que nos chants joyeux » 

Répons : 35.07 « Saint Esprit, Dieu de lumière » , 3 ccouplets

Après la prédication : « Dieu tout puissant » (chorale)

Communion : 34.18 « A toi la gloire » ; Envoi : 47.04 «  Confie à Dieu »

 

 

Nous venons d’entendre la lecture d’un passage bien connu des Actes des apôtres qui sont une sorte de résumé de l’histoire de la primitive Église. Cette lecture appelle quelques explications sur l’origine pré chrétienne de la fête que nous célébrons. Nous verrons ensuite ce qui fait l’originalité de la première Pentecôte, celle qui a suivi la résurrection de Jésus. Enfin nous nous efforcerons de comprendre ce que cette fête signifie pour nous, aujourd’hui.

I- De la Pentecôte juive à la Pentecôte chrétienne.

         Dès leur installation en Palestine, les Hébreux héritèrent des Cananéens d’une fête du printemps ou fête des moissons qui avait lieu sept semaines après la fête de la Pâque. On note une évolution du sens de cette fête [dans le Livre de Jubilés rédigé] un siècle avant l’ère chrétienne. Elle se charge  alors d’une signification nouvelle en devenant la célébration de l’alliance conclue entre Dieu et Noé, après le déluge puis du don de la Torah à Moïse sur le Sinaï.

         Au temps de Jésus cette mutation de sens était en cours. Pentecôte (Shavouot en hébreu) était alors l’une des trois grandes fêtes juives avec celle de Pâques et la fête des Cabanes à la fin de l’été. On voyait alors monter vers Jérusalem des foules de pèlerins (peut-être cent mille pour une ville d’environ dix mille habitants) venant de toute la Diaspora juive. C’est ce dont atteste le récit des Actes que nous venons de lire : « Or, à Jérusalem résidaient des Juifs pieux venus de toutes les nations qui sont sous le ciel. » (Actes 2, 5)

         Pour les chrétiens il n’y eut pas de fête de la Pentecôte propre, avant la fin du IVe siècle. Durant les cinquante jours qui suivaient Pâque, on célébrait tout à la fois la Résurrection, l’Ascension et le don de l’Esprit, sans que celui-ci ne fasse l’objet d’une fête particulière.

         Mais, que s’est-il passé exactement à Jérusalem le jour de la première Pentecôte, après la résurrection du Seigneur ? Dans la description de la scène par les Actes, la venue de l’Esprit s’accompagne des signes habituels qui, dans l’Ancien Testament, annoncent la présence de Dieu : vent puissant, tonnerre, éclairs, feu.

[- D’abord un souffle de vent et du feu. Je cite 1 Roi, 19, 1 « Il y eut devant le Seigneur un vent fort et puissant qui érodait les montagnes et fracassait les rochers ; après le vent, il y eut un tremblement de terre ; après le tremblement de terre, il y eut un feu.  

– Ou encore Ex 19, 18 :  « Le Mont Sinaï n’était que fumée parce que le Seigneur y était descendu dans le feu. »

– Et encore : Ps 104 ,4 « Des vents il fait ses messagers et des flammes, ses ministres. »]

   

 Nul doute que l’auteur des Actes avait a l’esprit ces réminiscences bibliques lorsqu’il écrivait son récit de l’arrivée de l’Esprit le jour de la Pentecôte : « Tout à coup, il y eut un bruit qui venait du ciel, comme un violent coup de vent : la maison où ils se tenaient en fut toute remplie, alors leur apparurent des langues de feu qui se partageaient et il s’en posa sur chacun d’eux. »

         Alors, que s’est-il passé ce jour là, à Jérusalem ? Rien de très spectaculaire sans doute puisque le don de l’Esprit a lieu dans l’intimité d’une salle de réunion, pour un petit groupe. Quant au bruit, il devait être modeste, même s’il a attiré l’attention des pèlerins présents dans les environs. Le plus important, c’est la valeur symbolique de ce qui arrive ensuite.

 

II- La première Pentecôte : une antithèse de Babel.

         Qui étaient ces pèlerins montés à Jérusalem pour la fête de Shavouot ? Des juifs et des prosélytes, c’est à dire des étrangers à la nation juive pour certains, mais convertis à la religion hébraïque. D’après la liste donnée par les Actes qui s’inspirent en l’occurrence de la Table des Nations de la Genèse, ne figurent que des Orientaux. Tous parlaient le grec et sans doute un peu d’hébreu ou d’araméen. On a parfois dit que la première Pentecôte marquait la naissance de l’Église universelle. Naissance de l’Église, oui sans doute, mais universelle, pas encore. Ceux qui ont été témoins de l’événement à Jérusalem étaient des juifs ou des convertis, vivant dans diverses contrées certes, mais tous fils d’Abraham. Il faut se rappeler que le christianisme s’est d’abord répandu dans le judaïsme dont on a eu longtemps du mal à le distinguer.  L’évangélisation massive des païens viendra plus tard.

     Le souffle de l’Esprit à Pentecôte est l’antidote de Babel. La Genèse (chap.11) nous dit qu’au début les hommes parlaient une même langue sur toute la terre. Il s’agit évidemment  d’une vision mythique des origines de l’humanité destinée à expliquer de manière imagée la division entre les hommes et leur impossibilité de communiquer.

Atteints par l’ubris, c est-à-dire la volonté de puissance et la prétention à se passer de leur Créateur, ils construisirent une tour très haute pour défier Dieu. Ce mythe a sans doute pour base l’existence de grandes tours dans le monde babylonien ancien, nommées zigouraths, dont la construction devait impressionner les rédacteurs de la Bible. D’après le mythe, Dieu lui-même serait intervenu pour que les hommes ne puissent plus se comprendre à travers toute la terre où ils furent dispersés. Image forte pour montrer les conséquences sociales résultant de la prétention des hommes à se passer de Dieu : sans Lui, c’est la division et le chaos. [Entre-nous, on peut observer aujourd’hui les conséquences du matérialisme envahissant qui évacue Dieu : jamais les nations et les sociétés n’ont été aussi divisées et dans la confusion.]

         A Pentecôte, c’est l’inverse qui se passe : les apôtres transformés par l’Esprit se mettent à parler et tous les comprennent directement dans leur propre langue. Nul besoin de parler le dialecte de Galilée pour comprendre : le souffle de l’Esprit a donné à la première Église de s’exprimer dans la  langue propre à chacun. Selon le texte des Actes, les apôtres ne font pas de grands discours intellectuels ou théologiques, mais les auditeurs témoignent : « Tous, nous les entendons annoncer dans nos langues les merveilles de Dieu. » (Ac 1, 11). Il s’agit donc essentiellement de louanges et de réminiscences bibliques familières aux juifs de la Diaspora. Chacun est touché au plus profond de lui-même par l’enthousiasme et le langage du cœur.

         Le christianisme primitif est né d’une parole dont l’envergure universelle apparaît avant d’être le résultat d’un labeur missionnaire. Notons cependant que la réaction de la petite foule des auditeurs est mitigée et cela tempère le côté extraordinaire de la compréhension des langues : « Ils étaient tous déconcertés et dans leur perplexité ils se disaient les uns aux autres : qu’est-ce que cela veut dire ? » D’autres s’esclaffaient : « ils sont pleins de vin doux. » (12-13). [Autre traduction plus triviale : « Ils ont un peu trop levé le coude. »] Pierre fera remarquer plus loin qu’il est 9 heures du matin et que ce n’est pas encore le moment de l’apéro. En définitive, il faudra le long discours de Pierre dans Ac 2, 14-4,  pour faire comprendre à ses contemporains le sens de l’événement qui est en train de se produire.

 

3- Pentecôte aujourd’hui.

         Et justement, que nous dit cet événement de ce que pourrait être Pentecôte pour nous, aujourd’hui ?

Comprendre quelqu’un qui nous est étranger, dont on s’est peut-être séparé depuis longtemps, parler à nouveau et parvenir à s’entendre enfin avec lui, c’est peut-être l’un des sens de la Pentecôte actualisée. Quand des personnes devenues étrangères l’une pour l’autre se parlent et se  comprennent à nouveau, on peut appeler cela un « miracle ». Quand des voisins qui se sont ignorés pendant des années se souhaitent un beau matin une « bonne journée », c’est un miracle. Quand des époux qui se sont blessés mutuellement, arrivent à se dialoguer normalement, c’est aussi un miracle.

Au niveau international, imaginez un instant que les Ukrainiens et les Russes,  après des années de violences et de guerre, s’assoient enfin autour d’une table pour discuter de la paix, ce serait un miracle extraordinaire. Et que dire des Israéliens et des Palestiniens qui parviendraient à reconnaître leur légitime présence sur cette terre où fut annoncée la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, imaginez qu’ils arrêtent les massacres et les bombes, les spoliations de territoires et qu’ils parviennent à s’entendre pour un partage équitable et une paix durable. Imaginez que les Iraniens et leurs alliés admettent l’existence d’un Etat juif ? Un rêve, impossible….et pourquoi pas ?

Le miracle du pardon et de l’amour annoncé par Jésus-Christ est plus fort que toutes les rancœurs et toutes les animosités. Il est un idéal vers lequel nous, ses disciples, sommes appelés à marcher, sans naïveté, mais avec l’intime conviction qu’il est la seule solution vraiment réaliste. Malheureusement, nous n’en sommes pas encore là au quotidien. En dépit de l’événement de Pentecôte, des voisins, des couples, des parents et leurs enfants, des collègues de travail, des chrétiens déclarés tels, persévèrent dans des dialogues de sourds, passent les uns à côté des autres parce qu’ils ne s’écoutent pas, parce qu’ils ne veulent pas tenir compte de ce que l’autre exprime. « L’enfer, c’est les autres » déclarait cyniquement Jean-Paul Sartre…. non sans une certaine dose de vérité.

         Dans nos églises le dialogue de sourds se pratique couramment, malgré le Notre Père que nous prions « d’un seul cœur et d’une même voix », aimons nous à souligner, De temps à autre, il est important de faire le point sur nos relations : quelles sont les personnes de mon entourage, avec lesquelles je ne m’entends pas facilement, que je ne comprends pas ; ce n’est pas une question de langue ou de vocabulaire mais de cœur et volonté.

On  a sans doute  fait des tentatives de rapprochement et de conciliation, on a essayé de passer par dessus les malentendus et les préjugés. Rien n’y fait. Alors, par lassitude et découragement, au mieux, on baisse les bras, pour ne pas s’insulter. Parler, comprendre, s’entendre, demande de la patience. Même si avec certaines personnes, c’est peine perdue, au moins apparemment, car des « miracles » sont toujours possible ; avec d’autres on peut toujours faire des progrès dans l’écoute, et des efforts pour énoncer plus clairement ce que nous pensons et voulons.

 

En conclusion.

         La Pentecôte, c’est la fête de l’unité dans la différence. Les hommes ne savent faire l’unité, bien souvent, que par la force ou la contrainte. L’Esprit Saint construit l’unité à partir du cœur. Il unit au-delà des langues et des cultures ; il permet de recevoir l’autre dans sa différence. Fêter Pentecôte, signifie être renouvelé, régénéré, bousculé dans nos habitudes et nos croyances. L’Esprit de Jésus-Christ nous pousse à construire des ponts plus hauts que nos peurs et que nos incompréhensions ou nos malentendus. L’Esprit envoyé par Dieu, promis par Jésus n’est pas une figure de style, une manière de dire ; il est à l’œuvre en nous, pour peu que nous ne fermions pas à son action. Il nous apprend à parler une nouvelle langue : celle du pardon et de l’amour universel.

S’il en est ainsi, alors « Bonne Pentecôte à nous tous. »

 

 Prédication du premier dimanche après Pâques, le 12 avril 2026 à Carcassonne

Jean, 20, 19-31 ; Actes 2, 42-47.

Chants : 34.04 Chrétiens chantons ; Psaume 118 Célébrez Dieu ;  Répons. 34.26 (Trois strophes + Louange à Dieu = Que la grâce)  ; 34.11 Jésus sort de la tombe ; 47. 04  Confie à Dieu.

 

 Le Premier jour de la semaine. »

Après avoir lu cet Évangile de Jean, il convient de se rappeler qu’il fut écrit soixante ans environ après la mort du Christ., c’est-à-dire pour la troisième génération de chrétiens. A cette époque, les communautés avaient pris l’habitude de se réunir, « le premier jour de la semaine » que l’on appellera dimanche ou jour du Seigneur, pour écouter la lecture de l’Écriture, son commentaire, pour chanter des Psaumes et célébrer la Cène. Par cette pratique, ils commençaient à se distinguer des Juifs qui eux se réunissaient pour célébrer le shabbat, le samedi. « Le soir de ce même jour, le premier de la semaine», alors que certains disciples prétendaient avoir vu Jésus vivant, les disciples étaient réunis. Dans la salle où ils se trouvaient, on imagine l’ambiance : les portes étaient verrouillées par crainte des autorités juives qui avaient exigé du gouverneur romain la mise à mort de leur maître. Ils lui avaient fait confiance, s’étaient-ils  trompés ? Qu’allait-il leur arriver maintenant ? Ils étaient désemparés : se taire, ne pas se montrer, se faire oublier….

Des  femmes qui étaient allées au tombeau de bon matin pour procéder à l’inhumation rituelle des juifs, prétendaient que le corps avait disparu et que des « anges » leur avaient annoncé qu’il était vivant… ? Deux des apôtres, Pierre et Jean, étaient allés vérifier et ils avaient trouvé le tombeau vide effectivement ;  linges et bandelettes étaient soigneusement pliés et rangés sur le côté, mais pas de corps ! L’avait-on enlevé ? Qui ? Bizarre, pourquoi faire le ménage, plier soigneusement les affaires funéraires, quand on veut dérober un cadavre ? Et puis, violer un sépulcre, c’était puni par la loi ! Face à cet événement troublant, comparons maintenant le « croire » de Jean et celui de Thomas dont il est question dans l’Evangile de ce jour.

 

Le croire de Jean

 Pierre était entré dans le tombeau et en était ressorti perplexe. Jean à son tour était entré, avait tout vu comme Pierre, mais à l’inverse de ce dernier, il avait cru que Jésus était vivant. Il avait eu la foi, parce qu’il avait toujours fait confiance au Maître et que celui-ci avait annoncé son retour à la vie : « et moi, je ressusciterai le troisième jour…. »

Jean, ce soir là, était enfermé dans la maison comme ses amis. A-t-il cherché à leur communiquer sa foi, sa conviction intime ? L’Évangile ne le dit pas, sans doute parce qu’il est difficile de raisonner quelqu’un qui ne veut pas ou ne peut pas croire. Voir pour croire, c’est sans doute ce que les disciples souhaitaient. Le rapport entre ces deux verbes, voir et croire, est travaillé dans le récit qui vient d’être lu. Jean qui a cru sans avoir vu autre chose que le tombeau vide, s’adresse, dans son évangile à des chrétiens qui n’ont pas vu le Christ ressuscité et qui ont besoin d’affermir leur croire. Il écrit pour les chrétiens de la troisième génération, et aussi pour ceux à venir, pour nous qui n’avons pas vu. Il a mis par écrit son témoignage pour affermir notre foi, aujourd’hui. « Ceci a été rapporté dans ce livre, (son évangile) dit-il, pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. » 

Le témoignage de Jean est capital car il a cru d’abord puis il a vu ensuite. Il a cru sans preuve puis il a eu la preuve de ce qu’il croyait. Il est donc un relais fiable (même racine que fides, la foi) entre le Christ et nous.

Avoir la foi n’est pas synonyme de naïveté. Si Jean a cru, c’est parce qu’il avait fait confiance en Jésus. Il l’avait suivi, il l’avait vu redresser des infirmes, guérir des aveugles et des lépreux, remettre des gens debout ; il l’avait écouté lorsqu’il s’adressait à des personnes simples comme aux docteurs de la Loi. Il avait été convaincu par ses paroles d’accueil et de miséricorde que nul autre ne savait prononcer comme lui ; il parlait de Dieu comme d’un Père, comme son Père qu’il connaissait si bien. Jean a cru parce que, de prime abord il avait fait confiance. A la vue du tombeau vide, il s’était souvenu de certaines allusions du Christ quant à son retour à la vie, après sa mort et il avait eu immédiatement l’intime conviction qu’il était vivant. De surcroît, Jean a eu la preuve que Jésus était vivant, le soir de Pâques, dans ce huis clos où les apôtres s’étaient enfermés par crainte de représailles, il l’a vu de ses propres yeux comme les autres apôtres qui plus tard, sauront en témoigner, eux aussi, jusqu’à la mort. Nous ne verrons jamais, en ce monde, le Christ ressuscité, mais nous avons aujourd’hui entre nos mains, les Évangiles, le témoignage de ceux qui ont vu et qui ont cru.

 

Le croire de Thomas

En contrepoint  de Jean qui a cru sans avoir vu, nous avons Thomas. Il était absent le soir où Jésus était apparu. Lorsqu’il est de retour, ses amis  étaient toujours reclus dans la maison.  Ils se montrent heureux et fiers de ce qui leur est arrivé : « nous avons vu le Seigneur ». Sous entendu, pas toi, c’est dommage. Ils fanfaronnent un peu mais ils ne disent rien de la porte fermée de la peur qui les tenaillait. Ils n’étaient pas bien courageux avant la Passion, ils le sont devenus après, mais il leur a fallu du temps, beaucoup de temps. Ils étaient des humains comme nous, tout simplement, avec leurs doutes et leur manque de confiance.

Ont-ils dit à Thomas que Jésus les avait salués deux fois ? : Le salut juif, «Shalom, la paix soit avec vous. »  Deux fois, comme s’ils n’avaient pas bien entendu, stupéfaits de ce qu’ils voyaient : Jésus debout, au milieu d’eux, leur parlant calmement.  Plus tard, bien plus tard, ils comprendront que la paix que Jésus leur adressait n’était pas un simple bonjour, qu’elle n’annonçait pas davantage la fin des conflits, mais qu’elle était la paix des temps messianiques déjà accomplis. Les disciples ne disent rien de tout cela à Thomas parce qu’ils ont peur. Il faut les comprendre, il n’est pas facile d’entrer dans le renouveau pascal, pas facile d’être les envoyés de Jésus, ses missionnaires, dans un monde qui fait peur.

De toutes manières, Thomas ne les croit pas : « Si je ne vois pas dans ses mains les marques des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas ma main dans son côté, non, je ne croirai pas. »

 Thomas est souvent présenté comme le type même du mécréant. «Moi, je suis comme Thomas, dit-on parfois : je ne crois que ce que je vois ». Un mécréant un peu borné qui a besoin de voir et de toucher pour croire. En fait, il nous ressemble un peu. Nous voudrions parfois avoir des preuves tangibles pour fortifier notre foi. Comme Thomas nous avons besoin de comprendre  sans toujours y parvenir car il y a des choses qu’on ne comprend pas si on n’en a pas d’abord fait l’expérience, si on ne les a pas vécues d’abord. Pour cela, il faut du temps, de l’aide

Avoir la foi exige une démarche personnelle « deviens un homme de foi. » Jésus n’ordonne pas, il ne commande pas, il ne brusque pas, il invite à passer de l’incrédulité à la foi. Jésus permet ainsi à Thomas de sortir de son doute et de prononcer l’une des confessions de foi les plus parfaites du Nouveau Testament, puisque Jésus est confessé comme Dieu. : « Mon Seigneur et mon Dieu ».

A la suite de cela Jésus déclare, de manière surprenante, que le bonheur n’est pas lié à un voir qui fonderait la foi mais à un non voir : « Bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. » Il s’adresse à toutes les générations de chrétiens qui ont succédé aux apôtres qui ont vu. Ils ont cru et nous, nous croyons sur leur témoignage, et grâce à l’action de l’Esprit-Saint dans l’âme. Car la foi n’est pas le résultat d’un effort intellectuel, mais un don reçu par celui qui se décide à accueillir la parole du Jésus terrestre reconnu comme Verbe de Dieu. Cela lui devient évident : ces paroles le touchent et le concernent, l’illuminent et l’apaisent. Il fait confiance.

 

 Comment comprendre la mission universelle de réconciliation confiée aux apôtres ?

Lorsque Jésus vient, les portes étant closes, il se tient là, au milieu de ses disciples passablement ahuris, j’imagine : ils n’avaient rien demandé, ils n’avaient rien fait et voilà qu’en quelques phrases il balaie leurs doutes et il leur donne des responsabilités : « Comme le Père m’a envoyé, je vous envoie ; recevez l’Esprit-Saint, remettez les pêchés… ».

S’il est question de doute et de foi dans l’extrait de l’Évangile de Jean proposé à notre réflexion, il est aussi question de l’envoi en mission. « Ayant parlé, il souffla sur eux. » Ce souffle de Jésus est le rappel du souffle des origines, lorsque Dieu donna  vie à l’homme qu’il venait de façonner. Il marque un nouveau commencement. L’Esprit,  pneuma, le souffle de Jésus est donné aux apôtres en vue d’une mission, à savoir la réconciliation universelle de Dieu avec les hommes. « Ceux à qui vous remettrez les pêchés, ils seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » (v.21).

Comment comprendre ce verset qui a reçu des interprétations diverses ? Pour nous, protestants, et je me réfère ici à Jean Zumstein, théologien, exégète, spécialiste de l’Évangile de Jean, il ne s’agit pas d’une compétence institutionnelle et disciplinaire, conférée à quelques ministres ordonnés pour cela. Mais, en offrant à tout être humain la possibilité de connaître la Bonne Nouvelle, le message évangélique, les disciples sont porteurs d’une parole de pardon et de liberté. Seul, le refus délibéré de cette parole enferme dans la culpabilité.

Il dépend donc aujourd’hui de nous, qui mettons notre foi  en Jésus-Christ, que tous les hommes connaissent le Dieu libérateur, le Dieu d’amour et de pardon. Cette mission est placée sous notre responsabilité, en Église.

                                                                         

                                                     André BONNERY

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