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Culte 12 avril 2026
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prédication André Bonnery
Prédication du premier dimanche après Pâques, le 12 avril 2026 à Carcassonne
Jean, 20, 19-31 ; Actes 2, 42-47.
Chants : 34.04 Chrétiens chantons ; Psaume 118 Célébrez Dieu ; Répons. 34.26 (Trois strophes + Louange à Dieu = Que la grâce) ; 34.11 Jésus sort de la tombe ; 47. 04 Confie à Dieu.
Le Premier jour de la semaine. »
Après avoir lu cet Évangile de Jean, il convient de se rappeler qu’il fut écrit soixante ans environ après la mort du Christ., c’est-à-dire pour la troisième génération de chrétiens. A cette époque, les communautés avaient pris l’habitude de se réunir, « le premier jour de la semaine » que l’on appellera dimanche ou jour du Seigneur, pour écouter la lecture de l’Écriture, son commentaire, pour chanter des Psaumes et célébrer la Cène. Par cette pratique, ils commençaient à se distinguer des Juifs qui eux se réunissaient pour célébrer le shabbat, le samedi. « Le soir de ce même jour, le premier de la semaine», alors que certains disciples prétendaient avoir vu Jésus vivant, les disciples étaient réunis. Dans la salle où ils se trouvaient, on imagine l’ambiance : les portes étaient verrouillées par crainte des autorités juives qui avaient exigé du gouverneur romain la mise à mort de leur maître. Ils lui avaient fait confiance, s’étaient-ils trompés ? Qu’allait-il leur arriver maintenant ? Ils étaient désemparés : se taire, ne pas se montrer, se faire oublier….
Des femmes qui étaient allées au tombeau de bon matin pour procéder à l’inhumation rituelle des juifs, prétendaient que le corps avait disparu et que des « anges » leur avaient annoncé qu’il était vivant… ? Deux des apôtres, Pierre et Jean, étaient allés vérifier et ils avaient trouvé le tombeau vide effectivement ; linges et bandelettes étaient soigneusement pliés et rangés sur le côté, mais pas de corps ! L’avait-on enlevé ? Qui ? Bizarre, pourquoi faire le ménage, plier soigneusement les affaires funéraires, quand on veut dérober un cadavre ? Et puis, violer un sépulcre, c’était puni par la loi ! Face à cet événement troublant, comparons maintenant le « croire » de Jean et celui de Thomas dont il est question dans l’Evangile de ce jour.
Le croire de Jean
Pierre était entré dans le tombeau et en était ressorti perplexe. Jean à son tour était entré, avait tout vu comme Pierre, mais à l’inverse de ce dernier, il avait cru que Jésus était vivant. Il avait eu la foi, parce qu’il avait toujours fait confiance au Maître et que celui-ci avait annoncé son retour à la vie : « et moi, je ressusciterai le troisième jour…. »
Jean, ce soir là, était enfermé dans la maison comme ses amis. A-t-il cherché à leur communiquer sa foi, sa conviction intime ? L’Évangile ne le dit pas, sans doute parce qu’il est difficile de raisonner quelqu’un qui ne veut pas ou ne peut pas croire. Voir pour croire, c’est sans doute ce que les disciples souhaitaient. Le rapport entre ces deux verbes, voir et croire, est travaillé dans le récit qui vient d’être lu. Jean qui a cru sans avoir vu autre chose que le tombeau vide, s’adresse, dans son évangile à des chrétiens qui n’ont pas vu le Christ ressuscité et qui ont besoin d’affermir leur croire. Il écrit pour les chrétiens de la troisième génération, et aussi pour ceux à venir, pour nous qui n’avons pas vu. Il a mis par écrit son témoignage pour affermir notre foi, aujourd’hui. « Ceci a été rapporté dans ce livre, (son évangile) dit-il, pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. »
Le témoignage de Jean est capital car il a cru d’abord puis il a vu ensuite. Il a cru sans preuve puis il a eu la preuve de ce qu’il croyait. Il est donc un relais fiable (même racine que fides, la foi) entre le Christ et nous.
Avoir la foi n’est pas synonyme de naïveté. Si Jean a cru, c’est parce qu’il avait fait confiance en Jésus. Il l’avait suivi, il l’avait vu redresser des infirmes, guérir des aveugles et des lépreux, remettre des gens debout ; il l’avait écouté lorsqu’il s’adressait à des personnes simples comme aux docteurs de la Loi. Il avait été convaincu par ses paroles d’accueil et de miséricorde que nul autre ne savait prononcer comme lui ; il parlait de Dieu comme d’un Père, comme son Père qu’il connaissait si bien. Jean a cru parce que, de prime abord il avait fait confiance. A la vue du tombeau vide, il s’était souvenu de certaines allusions du Christ quant à son retour à la vie, après sa mort et il avait eu immédiatement l’intime conviction qu’il était vivant. De surcroît, Jean a eu la preuve que Jésus était vivant, le soir de Pâques, dans ce huis clos où les apôtres s’étaient enfermés par crainte de représailles, il l’a vu de ses propres yeux comme les autres apôtres qui plus tard, sauront en témoigner, eux aussi, jusqu’à la mort. Nous ne verrons jamais, en ce monde, le Christ ressuscité, mais nous avons aujourd’hui entre nos mains, les Évangiles, le témoignage de ceux qui ont vu et qui ont cru.
Le croire de Thomas
En contrepoint de Jean qui a cru sans avoir vu, nous avons Thomas. Il était absent le soir où Jésus était apparu. Lorsqu’il est de retour, ses amis étaient toujours reclus dans la maison. Ils se montrent heureux et fiers de ce qui leur est arrivé : « nous avons vu le Seigneur ». Sous entendu, pas toi, c’est dommage. Ils fanfaronnent un peu mais ils ne disent rien de la porte fermée de la peur qui les tenaillait. Ils n’étaient pas bien courageux avant la Passion, ils le sont devenus après, mais il leur a fallu du temps, beaucoup de temps. Ils étaient des humains comme nous, tout simplement, avec leurs doutes et leur manque de confiance.
Ont-ils dit à Thomas que Jésus les avait salués deux fois ? : Le salut juif, «Shalom, la paix soit avec vous. » Deux fois, comme s’ils n’avaient pas bien entendu, stupéfaits de ce qu’ils voyaient : Jésus debout, au milieu d’eux, leur parlant calmement. Plus tard, bien plus tard, ils comprendront que la paix que Jésus leur adressait n’était pas un simple bonjour, qu’elle n’annonçait pas davantage la fin des conflits, mais qu’elle était la paix des temps messianiques déjà accomplis. Les disciples ne disent rien de tout cela à Thomas parce qu’ils ont peur. Il faut les comprendre, il n’est pas facile d’entrer dans le renouveau pascal, pas facile d’être les envoyés de Jésus, ses missionnaires, dans un monde qui fait peur.
De toutes manières, Thomas ne les croit pas : « Si je ne vois pas dans ses mains les marques des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas ma main dans son côté, non, je ne croirai pas. »
Thomas est souvent présenté comme le type même du mécréant. «Moi, je suis comme Thomas, dit-on parfois : je ne crois que ce que je vois ». Un mécréant un peu borné qui a besoin de voir et de toucher pour croire. En fait, il nous ressemble un peu. Nous voudrions parfois avoir des preuves tangibles pour fortifier notre foi. Comme Thomas nous avons besoin de comprendre sans toujours y parvenir car il y a des choses qu’on ne comprend pas si on n’en a pas d’abord fait l’expérience, si on ne les a pas vécues d’abord. Pour cela, il faut du temps, de l’aide
Avoir la foi exige une démarche personnelle « deviens un homme de foi. » Jésus n’ordonne pas, il ne commande pas, il ne brusque pas, il invite à passer de l’incrédulité à la foi. Jésus permet ainsi à Thomas de sortir de son doute et de prononcer l’une des confessions de foi les plus parfaites du Nouveau Testament, puisque Jésus est confessé comme Dieu. : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
A la suite de cela Jésus déclare, de manière surprenante, que le bonheur n’est pas lié à un voir qui fonderait la foi mais à un non voir : « Bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. » Il s’adresse à toutes les générations de chrétiens qui ont succédé aux apôtres qui ont vu. Ils ont cru et nous, nous croyons sur leur témoignage, et grâce à l’action de l’Esprit-Saint dans l’âme. Car la foi n’est pas le résultat d’un effort intellectuel, mais un don reçu par celui qui se décide à accueillir la parole du Jésus terrestre reconnu comme Verbe de Dieu. Cela lui devient évident : ces paroles le touchent et le concernent, l’illuminent et l’apaisent. Il fait confiance.
Comment comprendre la mission universelle de réconciliation confiée aux apôtres ?
Lorsque Jésus vient, les portes étant closes, il se tient là, au milieu de ses disciples passablement ahuris, j’imagine : ils n’avaient rien demandé, ils n’avaient rien fait et voilà qu’en quelques phrases il balaie leurs doutes et il leur donne des responsabilités : « Comme le Père m’a envoyé, je vous envoie ; recevez l’Esprit-Saint, remettez les pêchés… ».
S’il est question de doute et de foi dans l’extrait de l’Évangile de Jean proposé à notre réflexion, il est aussi question de l’envoi en mission. « Ayant parlé, il souffla sur eux. » Ce souffle de Jésus est le rappel du souffle des origines, lorsque Dieu donna vie à l’homme qu’il venait de façonner. Il marque un nouveau commencement. L’Esprit, pneuma, le souffle de Jésus est donné aux apôtres en vue d’une mission, à savoir la réconciliation universelle de Dieu avec les hommes. « Ceux à qui vous remettrez les pêchés, ils seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » (v.21).
Comment comprendre ce verset qui a reçu des interprétations diverses ? Pour nous, protestants, et je me réfère ici à Jean Zumstein, théologien, exégète, spécialiste de l’Évangile de Jean, il ne s’agit pas d’une compétence institutionnelle et disciplinaire, conférée à quelques ministres ordonnés pour cela. Mais, en offrant à tout être humain la possibilité de connaître la Bonne Nouvelle, le message évangélique, les disciples sont porteurs d’une parole de pardon et de liberté. Seul, le refus délibéré de cette parole enferme dans la culpabilité.
Il dépend donc aujourd’hui de nous, qui mettons notre foi en Jésus-Christ, que tous les hommes connaissent le Dieu libérateur, le Dieu d’amour et de pardon. Cette mission est placée sous notre responsabilité, en Église.
André BONNERY