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Culte du 9 mars 2025
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culte Michel Pujol (prédication)
Pour tous ceux qui n’ont pas pu assister au culte de dimanche dernier à Carcassonne, veuillez trouver ci-après la prédication du culte du 9 mars 2025 :
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LUC 4, 1-13
Si tu es le Fils de Dieu, change ces pierres en pain
Si tu es le Fils de Dieu, jette toi dans le vide
Si tu es le Fils de Dieu prouve-le par un signe, un miracle, un coup d’éclat
Si tu es le Fils de Dieu, justifie toi devant la Loi, respecte le sabbat, accomplis ce qui est juste, juge cette femme adultère, sois un religieux zélé, arrête de fréquenter les prostituées et les trafiquants, démontre que tu est bien l’Envoyé, le Messie, le Sauveur.
Si tu es le Fils de Dieu, prends sa place, devient Dieu à la place de Dieu.
En lisant ce texte on peut se demander si Dieu a mis des embûches, des pièges dans l’existence du Christ pour voir s’il était vraiment digne d’être le Messie.
Jésus est seul dans le désert, pendant 40 jours. Ce chiffre est un chiffre symbolique, tant en années qu’en jours. 40 jours et 40 nuits du déluge dans le récit de Noé ; 40 jours de Moïse sur le mont Sinaï au moment de recevoir les 10 commandements, 40 années d’Israël dans le désert, ou encore les 40 jours de marche d’Elie, après son combat contre les prophètes de Baal.
C’est au tour de Jésus de faire cette expérience de solitude et de manque.
Nous préférons imaginer que Jésus n’a été réellement tenté, que les épreuves ne l’ont pas vraiment éprouvé, et que son échec à transformer le cœur humain, en particulier des sages, des pieux et des intelligents, ne l’a pas profondément affecté, puisque c’est le Fils de Dieu, puisqu’il savait tout par avance.
Mais ce récit nous démontre que l’être humain n’est pas totalement achevé, il est appelé à devenir pleinement humain, mais cette croissance ne se fait pas comme ça, en claquant des doigts, non, elle est effectivement un combat contre quoi ? Contre toutes les idolâtries, les égoïsmes et les paresses qui sont en nous.
Pour devenir le Christ, il faut que Jésus surmonte et même dépasse un certain nombre de tentations.
Ces tentations ne sont pas d’ailleurs propre au Christ, tout croyant, nous-mêmes, nous sommes soumis de la même manière à ces risques de dérives et nous sommes tous menacés, sans cesse, de chuter et de nous égarer loin de notre vocation.
Nous pouvons nous aussi nous imaginer entrer dans ce combat décisif contre cette part de nous-même qui est encore rebelle à Dieu et comment sortir victorieux ou victorieuse de ce combat.
L’évangile de Luc nous raconte un récit, haut en couleurs, où Jésus est conduit dans un lieu solitaire, un lieu de peurs, d’angoisses et d’épreuves. Un lieu de manque par excellence.
Un Christ intouché, intouchable et pur cela nous aurait bien arrangé.
Eh oui, un Dieu qui laisse faire, un Christ au dessus des contingences, c’est-à-dire au dessus finalement de chose qui n’ont pas une grande importance, sans ressenti pour rien, sans peur et sans sueur, cela nous aurait aussi arrangé.
Et qui sait si cela ne nous aurait pas donné une image de nous mêmes idéalisée, maîtres des événements de notre vie, même des plus terribles, et résistants à la défiguration de la douleur, et de la terreur ; vraiment autosuffisant et nous attachant particulièrement au maintien et à l’amélioration de notre propre image, nous sentant même invulnérables.
Ce n’est pas là l’histoire. La vraie et non l’espérée ou l’imaginée, c’est celle d’un Christ affecté, remué dans ses entrailles, touché et qui touche les lépreux et les femmes impures, qui pleure, qui bataille, qui tempête, qui exprime sa déception, son indignation et sa colère devant l’hypocrisie ; un homme qui a faim, qui a soif, et qui a peur.
Alors ce Christ là, ce Saint de Dieu, serait trop humain à nos yeux ?
Cette histoire sort du fond des âges avec un Christ qui a faim, un diable qui l’assiège de toutes parts, qui l’emmène sur une haute montagne d’où il rassemble tous les royaumes du monde pour mieux montrer sa puissance, qui le conduit ensuite au sommet du temple de Jérusalem pour encore mieux le séduire.
Tout y est : la faim, le pouvoir politique, le pouvoir religieux.
Mais le diable momentanément vaincu s’éloigna de Jésus, pour un temps nous dit l’évangile, nous laissant supposer son retour au moment de la passion, de l’arrestation, de la condamnation et de la crucifixion.
Prenons le temps de mesurer ce face à face et de nous y mesurer nous-mêmes.
La première des choses à noter c’est que ces tentations arrivent après 40 jours de jeune. Ce jeune n’est pas forcement quelque chose de négatif car cette « retraite » a permis à Jésus d’affronter les choix de sa vie. Et nous aussi il faut qu’un jour ou l’autre on se pose des questions : sur notre existence, faire le point, ou prendre sa vie à bras le corps.
Rien ne nous est imposé mais dans la liberté qui nous est donnée, chacun est libre de déterminer pour lui-même ce qui est bon pour sa propre progression spirituelle.
Dans ce temps nous pouvons nous recueillir et définir ce qui peut être bon pour notre épanouissement et notre conscience spirituelle.
Ce n’est pas forcement 40 jours, mais ça peut être 40 minutes pour lire la Bible et prier. Peut-être seulement 4 minutes !
Frères et sœurs, ne laissons pas aux autres le soin d’affronter nos propres questions existentielles, de décider le cours de notre vie car de cette façon nous perdrions le fondement de notre existence.
Nous voulons servir Dieu. C’est l’essentiel de notre vie.
Et le servir c’est se mettre au service de l’amour, de la paix, de la justice, de la lumière et de la vie dans ce monde.
Ce sont les questions qui se sont aussi posées à Jésus.
Ces questions peuvent être transcrites à notre époque en invoquant par exemple notre rapport à l’écologie : considérons nous la nature comme un bien de consommation, ou bien dans nos rapports humains : est-ce que j’en tire une satisfaction personnelle ou bien une certaine domination ou bien encore est-ce que c’est à l’autre de faire le chemin pour tout réparer alors que je fais n’importe quoi !
Être tenté c’est être placé devant des choix face à tant de possible, face à l’emmêlement éthique de certaines situations : qu’est-ce qui est bien, qu’est-ce qui est mal, que dois-je faire ou ne pas faire ? Il nous faut cependant prendre un risque, faire un choix et poser un acte.
« Ne nous laisse pas entrer en tentation » Luther nous dit : « ce n’est pas dire éloigne de moi toute tentation, mais aide-moi à ne pas y consentir ».
Ainsi cette tentation est toujours vivace au cœur de nos actes. Elle fait appel à quoi ? A notre conscience. Elle nous demande de prendre garde, de prendre du recul et elle met en jeu et notre liberté et aussi notre responsabilité. Et les deux ne sont pas à dissocier.
La tentation, elle a à voir avec le sens que nous voulons donner à notre vie ; cette vie que nous posons face à Dieu, face à nous mais aussi face aux autres.
Et Luther va bouleverser toute la pensée chrétienne : quel sens donner à cette épreuve ?
Éprouver pour connaître, se connaître et connaître Dieu, non plus souffrir pour mériter Dieu, pour gagner Dieu.Cette souffrance servirait-elle à expier nos fautes ?
Non, il s’agit simplement de naître à soi, de naître en Dieu !
Parfois, la nature seule est témoin. Elle accueille en silence notre cri et notre désespoir. Elle porte notre prière et notre combat. Priez pour ne pas entrer en tentation.
Alors qu’est-ce que ces récits de la tentation de Jésus peuvent nous apporter aujourd’hui ?
Nous entrons dans ce temps de carême, cette période de 40 jours qui précède la Pâques. Nous sommes mis en quarantaine, mais pas en dehors du monde, dans le monde.
Nous sommes, frères et sœurs, en train de vivre spirituellement tout simplement. Pour certains c’est aussi au sens propre.
Je pense à ceux qui ne sont pas bien, qui sont malades et qui ne peuvent que rester chez eux. Et nous nous sommes alors dans cette quarantaine qui nous empêche affective si nous ne pouvons plus leur serrer la main ou les embrasser.
Hormis ces exemples nous devons reconnaître que nos sommes assaillis par quantités de tentations. Et cela ne date pas d’aujourd’hui.
Que se soit sur le plan politique, dans le domaine de l’éducation, de la psychologie, dans les sphères religieuses , dans le domaine spirituel, sur le plan conjugal et sexuel, la première tentation est celle de l’emprise que l’on a sur les autres, comme si nous voulions devenir une référence incontournable, comme si nous voulions fasciner par la séduction du corps et des sens, par une certaine intelligence de la démonstration, par l’usage perverti des mots et des charismes.
Et puis il y a la tentation qui relayée par les réseaux sociaux, celle de se faire sa propre justice, au mépris de la justice commune. C’est d’une certaine manière une façon de cultiver la haine par la vindicte du lynchage populaire, en remettant à l’honneur la référence du bouc émissaire.
Toujours à l’abri derrière les écrans de téléphone ou d’ordinateur, c’est de participer virtuellement au débat public, sans prendre bien sur le risque de rencontrer l’autre, et sans prendre le recul et le discernement de savoir si la réponse que l’on a envoie par un simple clic est valable ou non.
Il y a encore cette tentation de ne plus douter, de ne plus se remettre en question, de ne plus réfléchi. La tentation de la pensée unique.
La tentation c’est au fond de ne prendre que soi-même et sa propre pensée comme unique référence et de croire que c’est la référence pour tous.
Garder la tête froide ? Comment ne pas céder à sa toute puissance ?
Pour répondre à cette question, il nous faudra sans doute plus de 40 jours.
Il nous faudra peur-être réinventer comment nous rencontrer, comment réfléchir à de nouvelles formulations de notre foi, de l’espérance et de l’amour. Ce sera peut-être cela vivre un christianisme d’avenir. Celui ne se fera pas sans d’abord un retour sur soi, un retour sur notre façon d’agir, un retour sur nos paroles, nos pensées.
C’est pas ce qui nous plaît forcement mais cette quarantaine, c’est le temps de notre examen personnel.
Luther écrit : « Ta vie est un combat. Bonne et juste est ta prière qui est solidement fondée en Dieu et en sa promesse véridique. Car ce sont la parole et la promesse de Dieu qui rendent ta prière bonne et t’exauce véritablement, non la dévotion ».
Plus tard encore le malin glissera à Jésus : « Si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même ».
Jésus répond non. Énergiquement. Là n’est pas ma vocation. Jésus résiste aux illusions faciles, il affirme la primauté de Dieu sur sa vie, sur sa destinée et sur l’histoire, sur toutes choses créées ? Il assume sa condition d’homme, à la fois vulnérable et aimant.
Jusqu’à son dernier souffle, il vit sa vocation : « Je suis Fils de Dieu, au service de sa parole et de son Royaume. En lui seul je remets mes choix et ma vie. A Dieu seul la gloire ».
AMEN