Jean Pierre Pairou
Prédication à Carcassonne pour le dimanche 11 octobre 2026
Lecture :
LUC 24, 13 à 32
Prédication
La mort, la souffrance, la maladie, le chagrin sont épouvantables, inacceptables, inexplicables ! Vouloir les expliquer, les rationaliser, c’est ne pas tenir contre du sentiment de ceux qui les subissent et que les mots seuls ne peuvent consoler..
La Bible a souvent été présentée comme un pansement destiné à être posé sur ces plaies béantes du malheur.
Or il n’en est rien. Que l’on se réfère aux Psaumes, au Livre de Job, aux Lamentations de Jérémie, c’est une plainte qui est adressée à Dieu, jusqu’à Jésus en croix criant « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Et ce questionnement reste sans réponse et quand bien même …
Alors que nous dit la Bible ?
Dans le texte que nous avons entendu et qui est communément appelé « disciples d’Emmaüs », des pistes nous sont ouvertes. Ces disciples, qui avaient tout misé sur Jésus, en qui ils avaient mis leur espérance, sont dans la peine et l’incompréhension, comme nous pouvons l’être aujourd’hui. Celui qu’ils aimaient est mort, et des récits sur la disparition de son corps ne les ont pas convaincus. En chemin, quelqu’un les rejoint. C’est Jésus dit le texte mais ils ne le reconnaissent pas ! Eux qui ont vécu avec lui ! Il est intéressant et significatif de voir que dans les textes évangéliques, Jésus ressuscité n’est que rarement reconnu. Marie Madeleine le prend pour le jardinier… Ceci nous concerne éminemment : n’est-il pas auprès de nous sans que nous sachions, nous non plus, l’identifier ? Ceci dans notre vie quotidienne comme dans nos souffrances et nos malheurs ? Ce texte nous dit bien que dans le chagrin, le malheur, à travers Jésus, Dieu nous accompagne.
Je crois que c’est là la grande différence entre le message chrétien et les autres religions : l’idée d’un Dieu qui souffre comme les humains, et avec les humains. L’image de Jésus en croix nous le manifeste dans toute sa grandeur.
Pour sortir du malheur, le texte, à travers Jésus nous donne deux pistes :
En premier lieu la lecture de ces livres que nous nommons la Bible ( « Jésus explique ce que les livres saints disent à son sujet » Luc 24, 27. ). Bien sûr, il ne s’agit pas de lire ce livre comme un roman, pour se divertir, mais de chercher en quoi il nous concerne, personnellement, chacun d’entre nous, et peut donner sens à nos vies ( signification et direction ). C’est alors que le texte devient Parole et peut susciter la foi, c’est-à-dire la confiance en une personne ( Jésus) et non la croyance qui n’est que signature au bas d’un catalogue d’affirmations !
Armé de cette confiance, une seconde piste nous est donnée pour rencontrer Jésus et sortir de l’enfermement dans notre malheur : le partage. Les disciples invitent celui qui les accompagne à leur table et ils partagent le pain . Bien sûr la référence à la communion, à la Cène est évidente. Mais au-delà tout partage avec un être humain, quel qu’il soit, quoi qu’il ait fait, peut être une rencontre avec le Christ et avec Dieu.
Tout être humain n’est-il pas image de Dieu ? ( « Alors Dieu crée les humains à son image. » Gn 1, 27 ) Ainsi, en nous faisant sortir de nous-mêmes, le partage nous conduit-il sur le chemin de Dieu, pour peu qu’il soit véridique et désintéressé : partage des biens, du temps, des sentiments, du malheur.
Ainsi ce texte nous montre-t-il que nous ne sommes pas seuls dans ce chagrin qui est le nôtre. Le souffrant est aussi accompagné il est dans les bras de Celui qui souffre avec nous.
Le « Paradis », dit-on… Mais ce mot n’est employé qu’une fois dans le nouveau testament. C’est dire qu’il n’a pas l’importance explicative que les théologiens et les Eglises lui ont donné .
Ainsi est-il vain de s’imaginer un au-delà qui précisément dépasse notre entendement.
Jésus évoque plus longuement trois thèmes qui participent de la promesse et nourrissent notre foi, notre confiance :
- Le Royaume de Dieu: Il est le règne de l’amour, celui que chacun de nous, en tant que chrétien est invité à faire progresser, au quotidien, dans sa vie, par ses actions, ses rencontres et jusqu’au bout, même si cela parait impossible..
- La Vie Eternelle: Qui n’est pas la vie perpétuelle, la continuation de ce qui est en ce moment. Non, elle est hors du temps. Elle s’expérimente parfois dans un moment de bonheur ou d’amour inoubliable, dans une rencontre, un évènement qui nous enrichit mais que nul ne peut nous voler.
- La Résurrection : Il est à noter que ce mot spécifique n’existe pas en grec. Le mot employé dans le nouveau testament est le même que celui qui désigne le fait de se lever le matin Jésus s’est levé d’entre les morts Ainsi ressuscitons nous chaque matin, en retournant nous confronter au monde. J’aime l’expression re- susciter =susciter à nouveau ( qui n’a aucune valeur linguistique ) mais qui met en évidence une nouvelle forme de présence. Lorsqu’une action est conforme à la volonté de Dieu, alors Jésus est re-suscité .
Ces expressions évangéliques ne sont pas là pour nous inciter à nous représenter ce qui est au-delà de notre portée. Elles sont là pour nourrir notre foi, pour nous faire avancer jour après jour malgré nos vies difficiles, nos souffrances, l’état de notre monde et la mort de nos proches.
Rien n’est fini aujourd’hui ! La confiance que nous mettons en la parole de Jésus de Nazareth nous fait savoir que nous ne sommes pas seuls dans nos souffrances, qu’il chemine avec nous. Et cette confiance nous fait avancer en sachant que, loin des paradis imaginaires, nous sommes dans l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ.
» Dieu n’est révélé comme Dieu que dans son contraire, dans l’absence de Dieu et l’abandon de Dieu; Concrètement Dieu se révèle dans la croix du Christ abandonné de Dieu «
Jürgen Moltmann » Le Dieu crucifié «
Jean-Pierre PAIROU