Culte 9 août 2026

prédication André Bonnery

Prédication du 9.8. 2026 à Carcassonne. Jésus marche sur les eaux.

Mt 14. 22-33  (Mc 6. 45-52 ; Jn 6. 16-21)

 

Prologue

Dans l’Évangile de Matthieu, Jésus exerce son activité missionnaire dans deux zones géographiques différentes. La première, chronologiquement, se situe en Galilée, sa province d’origine, c’est aussi la plus longue puisqu’elle occupe 18 chapitres. Jésus enseigne paisiblement des foules subjuguées, sans polémiquer. Il opère aussi  quelques déplacements hors des terres juives, au sud du Liban actuel, ainsi qu’au-delà du Jourdain, en terre païenne, comme s’il voulait marquer le caractère universaliste de son message.

La seconde zone c’est la Judée et notamment Jérusalem. Ici la mission de Jésus est plus courte, elle occupe seulement 10 chapitres, mais elle est aussi plus dramatique. Très vite Jésus se trouve affronté à l’opposition  des sadducéens, des scribes et du sanhédrin, les chefs religieux de la nation. Cet affrontement conduira à l’arrestation et à la mise à mort de celui qui ose se dire le Messie. L’échec est cuisant d’un point de vue humain mais il apparaît comme un passage obligé pour qu’avec la Résurrection de son Fils,  éclate la victoire de Dieu sur la mort et sur le mal.

Durant la mission en Galilée, l’essentiel de l’activité de Jésus se concentre autour du Lac de Tibériade avec des aller-retour d’une rive à l’autre. C’est ce que nous voyons dans le passage de l’Évangile de Matthieu proposé à notre réflexion  aujourd’hui.

 

D’une mer à l’autre.

Au cœur de l’été, alors que des foules se baignaient sur les plages du Languedoc-Roussillon, sous la surveillance des sauveteurs prêts à intervenir pour éviter la noyade aux imprudents, nous venons de lire, le récit de la marche de Jésus sur les eaux et le sauvetage de Pierre.

Rien de comparable entre la modeste mer de Tibériade (22×12 km) où de brutales tempêtes peuvent surgir sous l’assaut de vents imprévisibles, et la Méditerranée, généralement calme au mois d’août. Il n’est pas question, dans cette page de Matthieu, de farniente sur la plage, mais d’une traversée périlleuse à  la rame (Jn 6,19), sur l’ordre du Maître.

Plutôt que de chercher à  comprendre comment Jésus a pu rejoindre ses disciples dans l’embarcation en péril, en marchant sur les eaux, mieux vaut s’efforcer de saisir la signification spirituelle de ce récit.

La barque a toujours été perçue, dans un contexte chrétien, comme une image de l’Église. Elle avance dans la nuit, sans son pilote, le Christ,  progressant avec peine sur une mer déchaînée. La mer était chargée d’une connotation de danger à une époque où presque personne ne savait nager et où on ne faisait pas de séances de bronzage sur le rivage.

Nous avons, résumée dans ce récit, la situation d’un groupe de disciples privés de la présence de leur guide, désemparés lorsqu’ils sont soumis à des épreuves imprévues. C’est aujourd’hui la situation des églises soumises à la persécution en trop de pays au monde. Ce peut-être aussi la situation de chacun d’entre nous lorsque nous sommes plongés dans la nuit du doute, submergés par des problèmes qui nous paraissent insurmontables.

En marchant sur les eaux pour venir au secours des passagers de la barque qui se trouvait alors éloigné de « 25 à 30 stades du rivage », 5 km, (Jn 6.19), Jésus veut leur montrer que, même absent, il n’abandonne pas ses disciples à leur sort, lorsqu’ils sont en difficulté : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur. ».

 

L’antithèse de la foi, c’est la peur.

Nous apprenons par cette histoire que le contraire de la foi, c’est la peur. Dans le récit de la tempête apaisée – encore une traversée du lac mouvementée –  devant la panique des disciples, Jésus interroge : « où est votre foi ? (Luc 8.22-25) et chez Marc 4.35-41 « Pourquoi avez-vous si peur, vous n’avez pas encore de foi ? » Peur des disciples devant les éléments déchaînés, peur en voyant celui qui s’approche d’eux en marchant sur les eaux : ils le connaissent bien pourtant, mais ils le prennent pour un fantôme. Peur de Pierre qui, après s’être élancé sur la mer sans réfléchir, réalise soudain la folie de son geste, en prenant conscience de la force du vent et de l’instabilité de la masse liquide sur laquelle ses pieds sont posés. Le doute l’envahit, alors et il s’enfonce. Sa confiance (fides), sa foi en Jésus, disparaît sous l’effet de la peur : il doute et il est sur le point de se noyer.

Ce récit a valeur de symbole car il nous ramène à toutes les peurs présentes ou passées qui nous paralysent. Peur de s’engager dans la vie et d’entreprendre, peur de perdre notre confort et d’échouer, peur d’un monde qui change trop vite. Au XIXe siècle on craignait que la vitesse des trains n’entraîne une catastrophe pour les voyageurs intrépides. Aujourd’hui, c’est le dérèglement du climat dû, au moins en partie, aux activités humaines, qui inquiète. Les possibilités offertes par l’intelligence artificielle sont aussi un sujet de craintes légitimes. En fait nous sommes obligés de constater que toutes les avancées technologiques comportent des avantages et leur revers de risques. Mais  le seul fait de vivre comporte  des risques et autant de raisons de craindre. La Bible, parole de Dieu aux hommes, en est bien consciente car on trouve l’injonction : « ne craignez pas » ou « n’ayez pas peur », 365 fois ! Ce chiffre est tout un symbole : un appel à avoir, à longueur d’année (et toute la vie) une confiance indéfectible en Dieu.

 

Avoir la foi, c’est avoir confiance.

Lorsqu’il s’adresse à l’ensemble aux disciples qui se trouvent dans la barque, Jésus se contente de les rassurer. Eux, serrés les uns contre les autres ont une confiance toute relative dans ces planches qui flottent encore, en priant sans doute pour ne pas être submergés. Ses paroles  les rassurent, mais il ne leur suggère pas de quitter leur esquif, les malheureux ne s’y hasarderaient certainement  pas. Le Maître ne le leur reprochera pas d’ailleurs lorsqu’il les rejoint. Leur confiance est limitée au minimum, elle ne leur autorise aucune hardiesse. 

Et puis il y a la confiance de Pierre. Voyant Jésus sur les eaux, l’envie folle le prend de le rejoindre : «  Si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Sa confiance est devenue foi et  il prend le risque d’enjamber le plat-bord de la barque lorsque Jésus lui dit : « Viens !» Un peu comme un bébé, s’essayant aux premiers pas, fixe son père qui lui tend les bras et l’appelle ; il avance alors vers lui sans crainte. Il ne connaît pas le danger de chute, d’où sa confiance. Mais Pierre a entendu d’autres voix que celle de Jésus : La voix du souffle du vent qui redouble d’intensité ; celle de la raison qui s’éveille dans sa conscience, anéantissant sa confiance. Il a perdu sa foi en Jésus. C’est alors qu’il commence à s’enfoncer dans les flots. « Seigneur, sauve-moi », crie t-il, en proie à la panique. Jésus le saisit et lui fait doucement ce reproche : « Homme de peu de foi !». Décidément, Pierre a encore beaucoup de chemin à parcourir avant de parvenir à la foi véritable, totalement engagée dans la confiance, exempte de toute crainte. Pour y parvenir, Il faut cesser d’être un homme raisonnable et devenir disponible, comme un enfant.

 

Il n’y a de foi qu’engagée.

Nous sommes tous embarqués dans le navire de la vie,  ballottés sur les flots d’un monde rempli d’embûches et de tentations, avançant à la dérive, dans la nuit du doute, sans repère fiable. Cette histoire vient nous rappeler que, dans les pires difficultés, le Christ en qui nous faisons confiance n’abandonne pas ses amis. Il les aime tous ; ceux qui sont terrorisés et qu’il rassure sans leur faire de reproches ; ceux  plus hardis qui se croient bien armés pour résister aux épreuves et qui craquent soudain parce qu’ils se mettent à douter. Jésus les aime tous, tels qu’ils sont. Il est leur Sauveur. Il leur demande de ne jamais désespérer mais, sans crainte, de placer délibérément en lui leur confiance. Car il n’y a de foi qu’engagée.

                                                               

                                                                             André BONNERY

 

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